“Los Caprichos” (Les caprices), est une série de 80 planches réalisées par le maître espagnol Francisco Goya en 1799. Ce sont des pensées extravagantes qui créent des images de fantaisie, caractérisées par une satire piquante, qui visent à décrire tous les maux, les préjugés, les tromperies et les mensonges de la société espagnole de l’époque. Pour ouvrir la série des Capricci, il y a l’exaltation de la raison, avec l’Autoportrait. Les tableaux de Goya mettent en évidence les caractéristiques de chaque classe : des plus pauvres à l’église, de la noblesse à la famille royale. Les tables de Goya sont scandaleuses. En fait, beaucoup de gens les reconnaissent après leur publication, à tel point que la Sainte Inquisition intervient, qui considère les tirages comme blasphématoires et scandaleux.

Grâce à un ordre formel du roi Charles IV d’Espagne, Goya est épargné par l’Inquisition. L’artiste a créé les planches “Los Caprichos” en utilisant la technique de l’aquatinte et de la gravure. Dans ses gravures, Goya est impitoyable, cruel et – dans certains cas – également proche du surréalisme. L’homme représenté par Goya n’est jamais limité dans un paysage monotone, mais c’est un homme dissemblable, humain ou surhumain, qui est animé par des passions héroïques et attisé en même temps par la superstition.

Caprichos (Caprices)

Cette série formée de quatre-vingts gravures, préparée entre 1796 et 1798 et publiée en 1799, supposa la consécration de Goya en tant que graveur. Elles apparurent à un moment crucial de l’histoire de l’Espagne, au début de la crise de l’Ancien Régime. Depuis la décennie de 1780, Goya avait fréquenté les cercles érudits madrilènes et s’était noué d’amitié avec des intellectuels comme Ceán Bermúdez, Meléndez Valdés, Jovellanos ou Moratín. En tant que membre des Lumières, Goya partageait leurs désirs de progrès, qui serait obtenu en appliquant la raison, les « lumières », au moyen de réformes économiques, sociales et éducatives qui mettraient un terme au retard séculaire de l’Espagne et aux atavismes et vices qui abêtissaient les gens. Cette attitude éclairée mena Goya à représenter sa vision de la réalité espagnole par des images critiques qui étaient en même temps généralisables à d’autres contextes vu qu’il s’agissait pour la plupart de défauts universels ; comme le disait dans son annonce le Diario de Madrid, il voulait `mettre en relief parmi la multitude d’extravagances et d’erreurs communes à toute la société civile, et parmi les préoccupations et mensonges vulgaires, autorisés par la coutume, l’ignorance ou le désintérêt, ceux qu’il a considérés comme les plus aptes à fournir une matière au ridicule et exercer en même temps la fantaisie du peintre´.

Les dessins de Goya : une ombre portée du siècle des Lumières

En 1786, à l’âge de quarante ans, Goya est nommé peintre du roi Charles III, certainement le plus « éclairé » de la dynastie des Bourbons. Le moment est brillant pour les artistes qui ne manquent pas de commandes. Madrid est un centre cosmopolite. (Tiepolo, entre autres, y travailla jusqu’à sa mort en 1770.) Goya peint des cartons de tapisserie représentant les plaisirs de la vie, puis d’autres sujets variés : le petit peuple de Madrid, la famille royale, des scènes religieuses pour des églises. Il dessine beaucoup. Il va voir les taureaux. C’est l’éclair inattendu de la Révolution française. Les milieux que fréquente Goya sont acquis aux Lumières et ne cachent pas leur sympathie pour ce qui se passe en France. Par contre, en Espagne la monarchie et le clergé prennent peur et commencent à persécuter les « afrancesados » et tous ceux qui sont persuadés du bien-fondé des idées françaises. Pour Goya c’est le début d’un repli. Le dessin prend pour lui un caractère confidentiel, spontané et même violent.

Goya laisse à sa mort plus de mille dessins, sans compter l’oeuvre gravé. Certains sont préparatoires, les autres sont des « instantanés » (des scènes de tauromachie, par exemple) ou proviennent directement de visions. Ses visions transforment les corps. Fini les jolis pieds et les belles pauses. Ce sont des corps trapus, traités en tant que masses. Les membres sont courtauds, les fesses épaisses. Des figures géantes apparaissent, des sorcières hagardes, des moines et des nonnes se défroquant, des prisonniers jetés au fond de cachots ou cruellement garrottés. Après la guerre d’indépendance, l’Inquisition qui s’était jusqu’alors complètement assoupie, se remet en marche. Si Goya est anticlérical, il n’est pas antireligieux. Mais il s’intéresse à ce qui échappe à la religion, résiste ou se définit contre elle.

Il dénonce l’obscurantisme, mais en même temps cet obscurantisme le fascine. Il l’accueille dans ses dessins, ses gravures ou ses « peintures noires », avec une compréhension qui n’a jamais eu lieu auparavant dans l’histoire de l’art. Disparates, Proverbes, Caprices, Désastres de la guerre – tout cela mené de main de maître à coups d’encre sépia, de sanguine, de lavis rouge, de pierre noire : Pourvu que cette joie dure (musée du Prado), Les enterrer et se taire (idem), Avale cela, chien ! (idem), Vol de sorcière (idem), Folie générale (idem). Mais aussi un lavis étrange de 1815, ayant pour titre Porte ouverte sur la lumière, où des personnages n’arrivent pas à faire le pas vers une embrasure éclatante d’une clarté qui les éblouit. Craignent-ils les Lumières ?

En 1824 Goya se cache pour échapper aux persécutions contre les libéraux. Profitant de l’amnistie du 2 mai, il passe en France et, après un bref séjour parisien, s’installe définitivement à Bordeaux où il meurt en 1828 à l’âge de quatre-vingt-deux ans. Picasso déclara une fois à Malraux, « Je n’ai pas de vrais amis, je n’ai que des amants ! Sauf peut-être Goya, et surtout Van Gogh. » Oui, on a les amis qu’on mérite. Et Goya ne l’a jamais lâché. Il a vu pivoter sur ses gonds le XVIIIe siècle vers un autre siècle incertain, en multipliant les messages. Tous ses dessins sont des messages qui traversent le temps jusqu’à nous dans leur complexité. 

Car sa connaissance aborde frontalement les sujets d’effroi. En tant qu’homme des Lumières, il critique les superstitions et, dans le même temps, comme artiste, il leur donne une force inégalée. La puissance des effets plastiques dépasse les concepts. Superstition et religion se chevauchent constamment, la Révolution française émancipatrice devient cette terrible répression napoléonienne, le prisonnier dans sa geôle est à la fois un fou et une victime politique. Dans cette pénombre les visions de Goya se développent à travers des clairs-obscurs insolites, des taches d’encre rougeâtre qui semblent celles d’un coucher de soleil. Un soleil se couche. Un autre va-t-il se lever ? Les dessins de Goya nous parlent d’un passé ibérique sédimenté mais prophétisent aussi les égarements de la déesse Raison.

Los Caprichos : trois planches célèbres

Parmi les 80 tableaux qui composent la série des Capricci, les plus représentatifs sont les suivants:

Dans le premier enregistrement, intitulé “Hasta su abuelo” (Aussi le grand-père), Francisco Goya fait le portrait des privilégiés, critiquant les membres considérés comme inutiles. C’est une noblesse qui a réussi à obtenir sa position privilégiée non pas par mérite personnel, mais par héritage.

Dans le second, “Tu que no puedes” (Vous ne pouvez pas), Goya analyse l’injustice de la société de classe d’une manière brutale et humoristique et critique. Dans la pratique, il dépeint les travailleurs qui soutiennent les groupes privilégiés (église et noblesse) dans leurs chagrins. Ces derniers sont présentés comme des parasites incompétents, c’est-à-dire comme des ânes. Alors que les travailleurs sont présentés comme des personnes qui soutiennent les animaux.

Dans le troisième, peut-être le plus célèbre, “El sueño de la razón produce monstruos” (Le sommeil de la raison engendre les monstres), l’artiste dépeint un homme pris dans le désespoir. Il fait appel à la raison, un homme qui rêve de changement social et politique. Des oiseaux fantômes volent au-dessus de la tête du personnage, qui rêve d’un avenir meilleur. La scène représente probablement Goya lui-même, alors qu’il dort. Autour de lui, en plus des oiseaux, des visages ricanants et des félins diaboliques prennent forme.

Vous pouvez voir les images des 80 plaques sur le site de la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando, Madrid.

Goya graveur

Cachée au milieu des très nombreux trésors de sa collection, la bibliothèque redécouvre aujourd’hui la série des Disparates, connue aussi sous le nom de Los Proverbios, de l’artiste espagnol Fransico de Goya. Cette redécouverte est, en partie,  due au chantier lancé sur les collections d’art graphique de la bibliothèque. Autrefois rangée parmi les ouvrages de la bibliothèque, elle intègre désormais la collection des estampes.
Peintre de talent, Francisco Goya (1746-1828) est également un graveur de renom. Son œuvre gravé compte à ce jour 286 pièces dont les célèbres suites des Caprices ou de la Tauromachie. Tout au long de sa carrière l’artiste s’est adonné à l’art de la gravure. Il appris d’ailleurs, très jeune,  les principes du dessin en copiant les estampes de la collection de son maître José Luzan. Fasciné par les différentes techniques de l’estampe, il réalise sa première gravure en 1774, La Fuite en Égypte, à l’âge de 28 ans. Quelques années plus tard il entreprend de reproduire, par la gravure, les tableaux de Vélasquez accrochées dans les salles du Palais Royal de Madrid. C’est probablement à cette occasion qu’il se confronte à la technique de l’aquatinte dans le but d’obtenir l’effet d’un lavis, plus adaptée pour le rendu des différentes valeurs en peinture. Mais cette technique demande beaucoup de maîtrise et ses gravures ne sont pas abouties. C’est avec la série des Caprices en 1799 que Goya parvient à la maîtrise parfaite de l’aquatinte. Dans cette série de 80 planches, le graveur dénonce les erreurs et les vices humains sans toutefois tomber dans le ridicule ou l’humiliation de ses personnages. Une série qui semble trouver son origine dans les croquis et petites scènes intimes réalisées par le peintre bien des années plus tôt. Goya réalise alors, pour cette série, des dessins à la plume, au crayon et au lavis, qu’il transfert sur le cuivre à graver. Les effets de lavis sont restitués par la gravure en aquatinte, le crayon et la plume par l’eau-forte au trait et parfois la pointe-sèche.

L’histoire

Il y a trois manuscrits qui expliquent le travail. Parmi eux, il y a celui conservé au Musée du Prado, considéré comme l’autographe de Goya. Il exprime une opinion sur le rôle de l’art, contrairement aux deux autres, dont un manuscrit conservé à la Biblioteca Nacional de España, qui en donne une interprétation plus approximative. C’est le 6 février 1799 qu’une annonce a été publiée dans le “Diario de Madrid” annonçant la vente d’une “Collection d’estampes sur des thèmes capricieux, inventées et gravées par Don Francisco Goya”. Ce sera l’artiste lui-même qui interrompra la publicité en raison de la clameur défavorable. Ainsi, en 1803, après avoir retiré les albums du commerce, le peintre décide de donner au roi les exemplaires et les planches restants.

Le plus original sinon le plus savant des peintres de l’Espagne moderne, naquit le 31 mars 1746, à Fuentes de Todos, dans le royaume d’Aragon. On a peu de détails sur les événements de sa vie : élève de Francisco Bayeu et de José Lusan, il fit, jeune encore, le voyage de Rome, et remporta en 1771 le second prix de peinture proposé par l’Académie de Parme. À son retour en Espagne, il fut chargé de composer des modèles pour la manufacture royale de tapisseries, et ces dessins furent les premières œuvres qui attirèrent sur lui l’attention publique. Le talent dont il y fit preuve, la rapidité incroyable avec laquelle il les exécuta, lui méritèrent les éloges de Raphael Mengs, sous la direction de qui étaient placés ces travaux. La grâce et la naturel qu’il apportait dans la peinture des scènes populaires, genre nouveau, où il se distingua constamment, excitèrent l’admiration des connaisseurs. C’est à cette époque qu’il peignit le tableau du maître-autel et le Christ placé à l’entrée du chœur de l’église San Francisco el Grande de Madrid. Cette belle toile valut à Goya, en 1780, sa nomination de membre de l’Académie de San-Fernando et de peintre ordinaire du roi. Après la mort de Charles III, Goya fut également protégé par Charles IV; et les grands seigneurs de cette cour corrompue, le comte de Benavente, et surtout la duchesse d’Albe, le traitèrent avec honneur. Il devint même l’ami et le pensionnaire de la duchesse, et bientôt il la servit dans ses rancunes et dans ses jalousies.

Peintre et caricaturiste, Goya a beaucoup produit. Il a peint à fresque la chapelel de San-Antonio de la Florida, situé à une demie-lieue de Madrid, Sainte Rufine et saint Marine, dans la cathédrale de Séville, Saint Louis de Borgia et Un Possédé, dans celle de Valence. Il y a de la main de Goya, dans les musées d’Espagne, des œuvres importantes. À Madrid, au musée del Rey, on voit les portraits équestres de Charles IV et de la reine Marie-Luisa, et le tableau intitulé de Dos de Mayo, curieuse scène de l’invasion française. Il faut citer aussi la Loge au Cirque des taureaux (musée national); une Maja, un Auto-da-fé, une Procession, la Course de taureaux et la Maison de fous (Académie nationale). Indépendamment de son portrait, peint par lui-même, le Musée du Louvre a possédé sept tableaux de Goya, que les héritiers de Louis-Philippe ont repris à la France. Il y a du sentiment et de la verve dans son ébauche, Dernière prière d’un condamné; Les Forgerons sont pleins de mouvement, mais l’exécution en est à peine supportable. En revanche, il y a une coquetterie charmante dans Les Manolas au balcon. Goya peignait comme dans le délire de la fièvre. Il affecte souvent pour la forme le dédain le plus parfait; chez lui, c’est à la fois ignorance et parti pris. Et cependant ce maître bizarre, qui semble se complaire dans la laideur, avait un vif sentiment de la grâce féminine et des piquantes attitudes des belles filles de l’Espagne.